L'Espace Mont-Blanc

Mon TMB en 5 jours

vendredi 01 juin 2018 David Blondeau

Conditions génerales:
Bonnes
Présence de névés:
Un peu

Aujourd’hui je partage avec toi mon Tour du Mont Blanc en 5 jours de marche en été 2018. Le TMB, c’est un rêve pour beaucoup d’entre nous. Ces mensurations sont assez spectaculaires : 170 kilomètres et 10 000m de dénivelé… Le tout formant une boucle autour du massif du Mont Blanc. Et c’est un rêve qui peut se vivre de différentes façons. Certains le font en courant, c’est le fameux UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc), d’autres à vélo, et d’autres en marchant. C’est mon cas. Certain marcheur le font tranquillement, en 10-14 jours. Il est possible de dormir au refuge et emporter un pique-nique dans le sac tout les jours. Etant plus appelé par la nature, je préfère l’autonomie complète 🙂

Mon TMB n’est qu’une étape

Avant de nous plonger dans le récit de mon TMB, je souhaite le remettre dans son contexte. L’année d’avant, j’ai fait ma première grande expédition, FrancIbéria. Partir marcher 5 000 kilomètres pendant 6 mois de Faro, au sud du Portugal, jusqu’à Paris. Si cette histoire t’intéresse, tu trouveras l’article sur mon blog.

J’étais heureux d’avoir vécu cette expérience, mais il me manquait un petit quelque chose… j’avais mon petit côté challenger sportif… En effet, pendant cette longue marche j’avais peut être marché 5000 bornes et fait plus de 100 000 m de D+, mais… j’avais commencé lentement, rémission de tendinite oblige, et quelque part je n’étais pas complètement satisfait de ma performance.

Alors en 2018 je me lance un nouveau défi : m’échauffer en traversant l’Ecosse (en Kilt ^^ si si, tu trouveras l’article sur ce LIEN), puis enchaîner le GR5 Alpin (du Lac Léman à Nice), le TMB, le GR20 (la fameuse traversée de la Corse), l’ascension du Mont Blanc et la HRP (la Haute Route Pyrénéenne) sans pause. Vaste programme. Je n’ai pas pu le faire entièrement, mais j’ai pu enchaîner mon GR5-TMB-GR20.

L’objectif ? Il est double. Tu t’en doutes, il y a évidemment le challenge. On parle quand même de faire 1 000 kilomètres de haute-montagne, 56 000 mètres de D+, le tout le plus rapidement possible, sans me blesser, presque sans pause. Ca m’a fait une moyenne de 32km et 1866m de D+ par jour.

Ensuite, il y a un objectif professionnel derrière. J’ai démissionné l’année d’avant et suis en train de lancé mon activité de Formateur en Randonnée. En gros : je fait un GR, puis j’en fait une formation vidéo pour aider les trekker à bien se préparer : matériel, préparation physique, logistique, connaissance de base en montagne etc etc…

L’approche du TMB

Alors c’est parti pour le TMB, on y va ! Ca a été très amusant pour moi déjà de l’approcher. Parti du Lac Léman quelques jours plus tôt pour commencer le GR5, à chaque fois que j’arrivais à un col, je voyais (ou m’imaginais) le Mont Blanc se rapprocher. Et un matin, j’arrive au Brévent par le côté Nord, et me trouve nez à nez avec lui… Wahoo… c’est magnifique.

Mais… après ces quelques journées presque seul dans la montagne, à croiser de moins en moins de monde, et de plus en plus de trekker… arriver au Brévent ça fait drôle. La cabine tourne à plein régime, et des centaines de touriste en short et claquettes font leur petit tour. Ca fait du bruit, çà crie, on entend les conversations « du monde des hommes »… Dans ces moments-là, je me sens vraiment être un animal. Un peu comme un ours qui était en train de manger ses myrtilles tranquilou au bord du chemin… et qui se fait déranger par 12 motocross, moteur 2 temps, à plein régime…

Mais ce n’est pas le sujet… Cela fait 3 fois dans la journée que je croise (double et me fais doubler) un adorable couple de randonneurs, May et Thiven. Ils sont en train de faire leur GR5, et le temps que je fasse ma boucle du TMB, je les suivrai, à quelques jours de marche derrière eux, pendant nos périples.

Je fait donc la belle descente du Brévent aux Houches (1500m de dénivelé), y dors une nuit, et demain c’est le grand départ pour mon TMB.

J1 Les Houches – Refuge de la Balme

C’est parti pour une première journée, plutôt pluvieuse… La petite montée du col de Voza, sympa. On y croise le fameux petit train à crémaillère qui grimpe au Nid d’Aigle. Puis on redescend au Contamines. Petit ravitaillement au magasin, et c’est reparti sous la pluie pour commencer l’ascension du col de la Croix du Bonhomme. Et il pleut, il pleut, il pleut…

Arrivé au refuge de la Balme en fin d’après-midi, je dois faire un choix difficile : planter la tente ici après une petite journée de marche, rongé mon frein et atteindre le lendemain pour repartir, ou… Tenter l’ascension jusqu’au refuge de la Croix du bonhomme, sous la pluie, sur les pierres rendues glissantes, et sans visibilité dans les nuages.

Une accalmie de pluie m’aide à prendre ma décision. En effet, planter sa tente sous la pluie c’est pénible. Là, j’ai l’occasion de la planter à sec, et il n’y en aura peut être pas d’autre. Bien que je sois un petit peu frustré de voir le faible nombre de kilomètres marchés par rapport à mes ambitions, je me pose. Demain, je mettrai le paquet. Finalement, la pluie se calme, et c’est l’occasion de partager un dîner au bivouac avec May et Thiven rencontrés la veille. On se raconte nos histoires, on passe un bon moment, comme on les aime sur les sentiers.

J2 Refuge de la Balme – Courmayeur

Le temps s’améliore encore pendant la nuit. Tellement que je me fais surprendre par une petite averse. J’aime dormir « dehors » donc je ne referme jamais le toit de ma tente. En plein milieu de la nuit, une averse tombe et je mets du temps à me réveiller : mon duvet est un petit peu mouillé, mais rien de grave. Départ matinal, très matinal même et c’est parti pour l’ascension du Col de la Croix du Bonhomme.

Arrivé en haut, je prends la variante du Col des Fours, on remonte jusqu’à 2665m d’altitude. C’est magnifique, on se retrouve vraiment dans l’étage minéral. L’occasion de croiser un troupeau de bouquetin dans ces eaux-là, en train de remonter en altitude…

Et ensuite, on redescend vers la Ville des Glaciers. Attention le nom est trompeur, la « Ville » , en gros… c’est une ferme ! Je crois qu’on peut y acheter du fromage de pays, mais pas de supermarché en vue.

Après avoir redescendu en fonds de vallée, on remonte le col de la Seigne à 2512m ! Là mes jambes me disent que çà va être une grosse journée… Arrivé au sommet, la vue est paradisiaque. On y voit la vallée du Val Vény (je ne suis pas sûr de son nom), puis au loin le Val Ferret dans l’axe. On y voit même le Grand Col Ferret tout au fonds, la suite du voyage !


La redescente dans cette petite vallée est vraiment paradisiaque. Le plus bel endroit du TMB. Vraiment. Il y fait un grand ciel bleu, les lacs sont incroyables, on se croirait en vacances. Le versant Sud du massif est beaucoup plus chaud, beaucoup plus « méditerranéen ». Hé oui, nous sommes en Italie, et çà se sent. D’ailleurs l’ambiance est plus chaude, plus latine, les accents chantent, les jupes se raccourcissent…

Mais attention, on dévie légèrement le sujet là… Bref, après cette après-midi enchanteresse, je continue, je remonte le Col Chécrouit. Mes jambes me disent « p*tain, il va falloir penser à s’arrêter un jour ! ». Oui, les jambes, on va s’arrêter, mais tant qu’on y est… le problème est que je suis un marcheur du matin. Et le matin les magasins sont fermés. Donc je n’aime pas planter le bivouac juste avant une ville, puis attendre bêtement devant un magasin jusqu’à 8 ou 9h.

Donc je décide de continuer sur ma lancée et de pousser jusqu’à Courmayeur. On redescend jusqu’à la ville. Cette fois-ci ce sont mes genoux qui me disent « stop ». OK, j’ai compris, j’y vais lentement, mais pas de trop quand même pour aller au ravito avant que çà ne ferme à 20h, et après repos.

Après avoir fait le plein, je cherche où dormir. Quelques heures plus tôt, un couple de français m’ont dis aller au camping de Courmayeur. Je cherche : il n’y a pas de camping à Courmayeur. Et quand je vois le prix des hôtel et AirB’n’B… Je me dis que je vais planter la tente discrètement, dès que je sors du côté nord de la ville.

35km et 2600m de D+ en une journée

Je suis mort de fatigue ce soir, et pour cause, je viens de faire ma plus grosse journée de trek en montagne de ma vie ! 3 Cols et 3 redescentes, c’est un peu beaucoup pour une seule journée, même avec l’excellent entraînement que j’ai fait avant de partir. J’ai perdu mes notes, mais de mémoire çà fait 35 kilomètres et 2600m de D+.

En parlant d’entraînement, je parle de mon TMB comme si c’était facile. Parce que c’était facile à faire avec le niveau que j’avais, et l'éxigence de mon training.

Petite digression pour nos amis challengers.Les 2 meilleures façon de se blesser, c’est de ne pas se donner les moyens en entraînement d’accomplir son objectif, et de ne pas écouter son corps. Un TMB en 5 jours en autonomie sans entraînement c’est la mort assurée des muscles, articulations, ménisque etc etc… Si j’ai appris quelque chose en partant marcher 15 000 kilomètres ces 3 dernières années, c’est bien cela. Il faut se préparer avant de partir, et écouter son corps.

Ce jour-là sur le TMB j’ai frôlé la limite de la blessure sur un genou. Heureusement que j’avais le capital physique et l’accoutumance nécessaire à encaisser çà. Aujourd’hui avec l’expérience, je ne pousse plus si fort sur un seule journée. Je fais ce que mon corps peut accepter, et le reste, ce sera pour le lendemain…

J3 Courmayeur – près de La Fouly

Après la grosse journée d’hier, j’y vais plus doucement aujourd’hui. On remonte au Nord de Courmayeur, puis on longe le Val ferret par le versant sud, avant d’attaquer l’ascension du Grand Col Ferret à 2537m. Wahoo. Arrivé en haut, je vois exactement la même vue que depuis le col de la Seigne, mais à l’envers ! C’est-à-dire le Val ferret, le trou de Courmayeur, puis le Val Vény dans l’axe, l’horizon étant bouché par le Col de la Seigne qui est à la même altitude que le Gran Ferret, à quelques mètres près.

Maintenant on arrive en Suisse. C’est joli aussi la Suisse, on est dans les pâtures, en descendant gentiment jusqu’au fonds de la vallée à Champeix-Lac. C’est très vert, il y a moins de dénivelé, çà tombe bien pour me remettre tranquillement de la veille.

Pour nos amis qui aiment le bivouac, attention il est strictement interdit en Suisse. Les forums de randonneurs sont remplis de post de français qui se plaignent d’avoir été dénoncé par un riverain, puis délogé en pleine nuit par un policier pas conciliant, qui te mets en plus une amende salée. Disons une amende proportionnelle au coût de la vie dans ce charmant pays. La moindre des choses quand on va dans un autre pays que le sien, c’est d’en apprendre le style de vie, et de le respecter.

J4 La Fouly – Trient (Le Peuty)

On continue en Suisse, en passant par Champeix-Lac, le gros point de ravitaillement. Une petite ville avec un petit supermarché. C’est un endroit charmant, avec un petit lac, les pêcheurs, les montagnes autours…


Attention cependant au ravitaillement : les prix en Suisse sont beaucoup plus élevés qu’en France, la première fois çà peu surprendre. J’ai fait ce jour-là le ravito le plus cher de ma vie : 55€, avec des produits de qualité et du frais. En revanche, tout le monde est sympa, souriant, et quand tu dis merci à l’employée du magasin elle te répond « Service ! ». Je trouve cela très joli, voire philosophique. Quand quelqu’un remercie, on ne dit pas « de rien », mais on rappelle que l’on est au « service » du client.

On continue jusqu’au col de la Forclaz, puis on redescend à Trient. En poussant un tout petit peu plus loin, on arrive à Le Peuty, avec son charmant camping municipal que je te recommande. Y dormir n’y coûte que quelques euros, il y a des toilettes en dur et une grande table sous abris : encore l’occasion d’y faire de belles rencontres. Je passe une belle soirée avec Jean-Luc et Claire, adorables, le papa et la fille qui font leur TMB ensemble. Et avec un couple qui me parle du GR20, comme de la plus « difficile épreuve de leur vie ». Ca tombe bien et me met l’eau à la bouche : après la fin de mon TMB, puis de mon GR5 à Nice, j’embarquerai sur un bateau pour la Corse… mais çà, c’est une autre histoire…

J5 Trient – Le Brévent

Départ matinal, montée du Col de la Balme, redescente, puis remontée sur le versant nord de la vallée de l’Arve, pour aller au Brévent. Dès la fin de matinée, il commence à pleuvoir. D’abord légèrement, puis à seaux. Je me planque sous une remontée mécanique de ski, quelque part vers « Champlat« , puis je profite d’un accalmie pour planter ma tente discrètement à la tombée de la nuit. Je vois passer le couple de la veille s’entêter sous la pluie, dans leur grand poncho orange, continuer courageusement l’ascension. Pas moi, pas ce soir…

J6 Le Brévent – Les Houches
Le matin le temps s’est calmé, je fini tranquillement l’ascension du Brévent en croisant un bébé chamois dans le brouillard. Puis je prends mon petit-déjeuner au sommet, en me mettant à l’abri de l’humidité encore très forte. Puis redescente vers Les Houches où j’arrive à midi, au moment où les cloches sonnent. A ce moment précis, je croise en terrasse le couple d’hier. Ils m’expliquent que, ne trouvant plus de places dans les refuges et leurs aires de bivouac (n’ayant pas réservé), ils ont forcé jusqu’aux Houches sous la pluie, à la limite de leurs genoux…

Je t’invite à me dire en commentaire ce que tu as pensé de ce récit de mes 5 jours et demi sur mon TMB. J’espère qu’il t’aura été utile et que tu as autant apprécié le lire que j’ai eu de plaisir à l’écrire. 🙂

Passionnément,

David

Cahier du randonneur